Témoignage

TOKÉNISME, ATTENTION !

Généralement présenté comme une question d’équité pour le groupe social que la personne représente, cette position qui lui est offerte pourrait être instrumentalisée par la suite parfois pour démontrer que ces personnes manquent de compétences pour ce type de poste, quand cette personne n’est pas utilisée comme cache-misère d’une situation déplorable.

Les exigences en matière de diversité peuvent conduire à plein de pratiques, certaines louables et honorables, d’autres cependant totalement malsaines et nuisibles autant pour les individus que pour le développement de la société.

Regardons au tokénisme, une pratique fréquente en contexte de diversité.

Black sheep in the herd. Vector illustration

Le mot tokénisme vient du concept anglais « tokenism » et est employé pour signifier une situation dans laquelle une personne est embauchée ou placée à une position en raison de caractéristiques personnelles (genre, appartenance ethnique ou religieuse, etc.). Il s’agit par exemple, de recruter quelqu’un pour un poste en raison de son genre ou de son origine ethnique, et non en raison de ses connaissances et compétences pour le poste. Généralement présenté comme une question d’équité pour le groupe social que la personne représente, il arrive généralement que cette position qui lui est offerte soit instrumentalisée par la suite. On remarquera en effet que cette tokénisation sert souvent de cache-misère d’une situation déplorable (manque de diversité, racisme, discriminations, iniquités systémiques, injustices sociales…). De plus, les éventuels défis que rencontrera la personne seront utilisés comme argument pour refuser l’accès à ce poste pour les futures personnes « qui lui ressemblent » en raison de profilage et de préjugés ainsi institutionnalisés.

Par exemple, une entreprise qui est critiquée pour son manque de diversité dans le leadership va recruter une personne représentant la diversité dans un rôle de leadership et lui donner l’illusion d’autorité et de marge d’action, alors que dans la réalité, la personne n’est qu’une marionnette, et ne peut rien apporter à l’entreprise que le fait de lui permettre de dire que son équipe dirigeante est diversifiée.

Un autre exemple serait une entreprise qui passe par une grosse crise, et décide de recruter une femme comme chef d’entreprise dans ce moment de crise, tout en sachant que, dans la réalité, ce poste ne fera que nuire profondément à cette personne. C’est le phénomène de falaise de verre (en anglais glass cliff), fortement décriée dans la littérature.

Le tokénisme est mauvais pour plusieurs raisons :

  • Il fait porter à un individu le rôle de représentant de tout un groupe, ce que les individus n’ont souvent pas choisi, et parfois ne veulent ou ne peuvent pas assumer.
  • Il donne l’illusion de l’importance et de l’appartenance, alors que dans la réalité il n’en est rien, ce qui ne contribue pas à la construction identitaire et professionnelle de la personne ainsi placée. N’oublions pas qu’il peut aussi être très réducteur, car la personne ne se voit jamais confier des responsabilités qui lui permettent de faire valoir ses compétences et ses expériences.
  • Il contribue à consolider les préjugés, surtout pour le groupe auquel appartient la personne tokénisée.

À la faculté ce tokénisme peut prendre plusieurs formes :

  • Des collègues en classe qui te sollicitent pour un groupe de travail parce qu’il faut des groupes diversifiés, mais ne tiennent pas compte de tes propositions ou te présentent un travail déjà terminé sous prétexte qu’ils ont eu une occasion de travailler à un moment où il aurait peu propice de te déplacer…
  • Un enseignant qui t’invite à prendre un café et te demande de parler des ressortissants de chez vous, sous prétexte qu’il voudrait mieux connaitre ses étudiants ayant la même origine. Il n’y a aucun problème à partager sur le vestimentaire culturel ou sur le culinaire, l’art ou la langue d’une communauté ou des ressortissants d’un lieu précis, mais parler des gens peut être mal placé. Un tel est originaire d’Haïti, mais a fait ses études secondaires en France, son cycle universitaire en Norvège, a occupé un premier poste en Côte-d’Ivoire où il a passé 10 ans avant de se retrouver au Canada où il a successivement vécu à Vancouver, Sarnia et Kingston. Comment pourriez-vous le faire rentrer dans un quelconque moule de la culture haïtienne? Je pourrai citer des centaines de cas.
  •  Un enseignant qui désigne une personne de la diversité pour donner une contribution seulement quand il s’agit d’un sujet difficile et que personne ne s’est offert volontairement.
  • Etc.

Dans les écoles, les exemples se feront légions, mais nous ne les aborderons pas dans ce billet.

Nous vous invitons à documenter cette pratique en formation à l’enseignement au travers de vos partages, ce qui permet de recenser toutes les formes qu’il peut prendre.

Nos échanges sur ce thème seront donc organisés de sorte à raconter ce qu’on a vécu, pourquoi on pense avoir été victime de tokénisme et comment on s’en est pris pour s’en sortir, ou alors comment on en a souffert.

Nous restons respectueux de vos expériences et de votre vécu, et c’est ce même respect qui meuble tous les échanges sur les forums.

RENDEZ-VOUS SUR FACEBOOK @METHICEDU

Merci de votre participation.

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